L'assistance sexuelle pour les handicapés

Publié le par Résistance Citoyenne

Lettre ouverte à l'occasion du Colloque "Handicap, Affectivité, sexualité, dignité" du 26 novembre à la mairie de Paris

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Article publié le mercredi 24 novembre 2010 sur le site
A l'occasion du colloque « Handicap, Affectivité, sexualité, dignité », organisé le 26 novembre à la mairie de Paris, 17 associations et 122 personnalités disent « Oui à la sexualité, mais sans violences ni emprise du marché ».

A
Mme Véronique DUBARRY, Adjointe au Maire de Paris en charge des personnes en situation de handicap,
M. Ryadh SALLEM, Président de CQFD

COPIE
M. Bertrand DELANOE, Maire de Paris
Mme Fatima LALLEM, Adjointe chargée de l'égalité femmes/hommes
M. Marcel NUSS, Parrain du colloque


Sexualité, intimité : ni violence, ni marché !

Parler de la vie sexuelle et affective des personnes handicapées, lever un tabou? Si le colloque du 26 novembre organisé à la Mairie de Paris ' Handicap : Affectivité, sexualité, dignité ' avait vraiment cet objectif, ce que laisse entendre une partie du programme, nous ne pourrions que nous en féliciter.

Mais certaines associations de femmes handicapées, connues pour dénoncer les violences faites aux femmes, manquent à l'appel. Serait-ce que leur parole est trop dérangeante face à une entreprise dont l'objectif réel est de faire avancer, comme le prouve la seconde partie du programme, un projet porté depuis 2007 par M. Marcel Nuss, parrain de cette journée ?

L'idée est en effet d'officialiser, au prix d'un 'ajustement' des lois sur le proxénétisme, un droit à la prostitution doucereusement rebaptisé 'services d'accompagnement sexuel' (ou 'affectif' par une savante euphémisation des termes), sur le modèle néerlandais ou suisse.

A cet égard, le choix des intervenants de l'après-midi est parlant. Parole aux 'experts' ! notamment l'auteur du film 'Nationale 7', une directrice de sex-shop en ligne, des militants de 'l'accompagnement sexuel' en Suisse. Est-il permis de questionner cet apport mercantile et orienté, et de regretter l'absence de contributions au plan éthique et philosophique ?

Nous, femmes, handicapées ou non, sommes convaincues, comme les organisateurs du colloque, qu'il est temps de trouver des réponses aux désirs d'affectivité, d'intimité, de sexualité des personnes handicapées. Mais nous refusons la facilité qui conduirait à prétendre les trouver dans le domaine marchand. Nous appelons donc à l'ouverture, en la matière, d'un véritable dialogue.

En attendant, nous tenons à affirmer notre opposition à un projet qui voudrait, en France, créer, sur l'exemple des pays qui ont prétendu faire de la prostitution un métier (Pays-Bas, Allemagne, Suisse), des emplois de nature sexuelle, emplois qui, il faut le rappeler, sont dans ces pays clairement répertoriés dans la même catégorie légale que la prostitution.

Créer ces services serait officialiser les rapports sexuels tarifés, définition même de la prostitution qui, en cette année Grande Cause 2010, est pourtant clairement intégrée aux violences faites aux femmes.

Ce serait en outre stigmatiser les personnes handicapées en créant une loi à part, une loi indigne. Ce serait occulter leurs vraies demandes, leur véritable aspiration à une vie citoyenne, à l'intimité, à la rencontre (y compris sexuelle), en organisant un service marchand qui serait la négation d'exigences fondamentales : réciprocité du désir, respect de l'autre. Ce serait consacrer la prostitution, désormais assortie de formations, au titre de 'service à la personne'.

La sexualité n'est ni un métier, ni une marchandise, ni un service para médical, ni un droit. S'il existe 'un droit à la sexualité', il ne peut qu'être universel et ne saurait être réservé aux seules personnes handicapées.

On n'achète pas le corps d?autrui. Cette exigence, votée dans des pays tels que la Suède (1999) et la Norvège (2008) - pays par ailleurs exemplaire en matière de politiques sur le handicap - est la seule voie responsable face à la marchandisation croissante de la sexualité, porteuse de conséquences destructrices pour les plus exclu-e-s et les plus vulnérables. Des femmes en immense majorité.

Un lendemain de 25 novembre, journée nationale sur les violences faites aux femmes, nous tenons à rappeler que nous refusons toute banalisation de la prostitution (même rebaptisée d'un nom consensuel), contradictoire avec la lutte contre les violences et pour l'égalité entre les femmes et les hommes.


Signatures

Femmes pour le dire, femmes pour agir (FDFA)*

Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT)*
Centre National d'Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CNIDFF)*
Collectif féministe contre le viol (CFCV)*
Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes (CLEF)
Coordination française de la Marche Mondiale Des Femmes
Encore féministes
Espace Simone de Beauvoir (Nantes)
Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF)*
Femmes libres (Radio Libertaire)
Femmes Solidaires*
Fondation Scelles*
La Maison des Femmes de Paris
Mémoire Traumatique et victimologie
Mouvement Jeunes Femmes*
Mouvement du Nid*
Sos Sexisme

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