Horreur et désolation

Publié le par Résistance Citoyenne

Ce matin les demandeurs d'asile de Clémenceau ont été expulsés.

 

La police est arrivée à 6h pile, par cars entiers. Beaucoup de médias étaient présents, heureusement. Les citoyens solidaires étaient là en soutien, en partie dans l'immeuble, et en partie devant, scandant des slogans de protestation: "Un toit, c'est un droit, le préfet est hors-la-loi" et "Police partout, justice nulle part". Que c'est vrai...
Ils sont entrés dans l'immeuble, sont montés dans les étages, et les demandeurs d'asile, doucement réveillés à l'avance par les citoyens, ont rassemblé leurs quelques affaires et ont calmement descendu les escaliers. Nous avons vu des enfants passer, à petits pas, incertains, serrant leurs sacs contre eux, leurs parents derrière eux, les traits tirés et le regard résigné, parfois tenant des bébés enveloppés dans des couvertures, des hommes et des femmes tirant derrière eux leurs valises. Un père tchétchène a regardé autour de lui en secouant la tête, incrédule : "França ? democratia ??"
Ceux qui les soutiennent sont montés dans les appartements à leur suite, pour en redescendre des matelas, des sacs de couchage, quelques meubles d'appoint, des sacs laissés là dans l'incertitude.


Certains membres des forces de l'"ordre" (quelle blague cruelle) riaient dans les couloirs, pendant que nous détachions des murs de la salle de classe improvisée les dessins des enfants, rassemblions les cartes du monde,
les livres de contes. Le sens de l'humour est particulier dans la police.

Nous en avons vu qui s'adressaient aux demandeurs d'asile comme on le ferait à un enfant pas sage. Le mépris et l'indifférence étaient insupportables.

 

Les militants ont insisté pour continuer à réunir leurs affaires et les meubles, la police étant très pressée d'en finir. Il a fallu négocier...
Sacs, valises, matelas ont donc été amenés sur le trottoir. Un camion de déménagement est arrivé pour emmener certaines choses dans un garde-meubles.

Ils sont au moment où nous écrivons ces lignes dans la rue Clémenceau, entourés de leurs sacs, désemparés, fatigués de devoir à nouveau échapper au froid.

 

Nous nous posons la question : que peuvent bien dire ces parents à leurs enfants pour leur expliquer pourquoi des messieurs en bleu les réveillent à 6h du matin pour les jeter dehors ?
 
Nous ne pensions pas voir ça ailleurs que dans des livres d'Histoire. Nous ne pensions pas voir ça un jour en France. Triste jour où les mots de solidarité, d'humanité, de décence, de démocratie, de respect, de JUSTICE n'ont plus de sens. Nous n'arrivons toujours pas à croire à ce que nos yeux ont vu.
 
Il est apparemment devenu plus illégal d'occuper un immeuble vide que de jeter des enfants dans la rue en plein hiver.

 

Ce sont des demandeurs d'asile. Ils ne viennent pas par caprice ou par calcul, mais par BESOIN. Pour survivre. Pour avoir la part de la Terre à laquelle nous avons tous droit. Ils ont vécu la peur, la misère, des horreurs dont NOUS n'avons pas la moindre idée, que nous ne voyons que dans les films, et que fait la France ? Elle les jette à la rue. Personne ne devrait avoir le droit de traiter d'autres êtres humains comme ça.

 

Ce matin, pendant quelques douloureuses heures, nous avions l'impression d'être dans un film se passant dans les années 40. Et si. C'est comme ça. C'est pour ça qu'il faut dire les mots, et regarder la situation en face, avec tout ce qu'elle a d'inquiétant et de dangereux.
 
Nous n'abandonnons pas, nul n'est besoin de le dire. Nous ferons tout, nous, citoyens solidaires, ce qu'il sera nécessaire pour que le bon sens reprenne ses droits, que le Droit prévale, que la Justice ne soit pas oubliée.

 

Aujourd'hui, la police française est venue jeter des enfants à la rue.

Commenter cet article