L’Hôpital qui se fout de la charité

Publié le par Résistance Citoyenne

Je me permets de citer cet excellent article de Julien Camy dans le journal Le Patriote link , sur l'audience qui a eu lieu lundi 29 novembre au Tribunal d'Instance de Nice suite à la plainte déposée par le CHU pour, entre autres, occupation illégale de leur immeuble par des demandeurs d'asile. Je répète à cette occasion ce qu'a dit Me Ciccolini dans sa plaidoirie : si le tribunal décide l'expulsion, on les rejette à la rue ? avec la cinquantaine d'enfants ?

L’Hôpital qui se fout de la charité

mercredi 1er décembre 2010 / "le Patriote"

 

 

Le combat que mènent les occupants et demandeurs d’asile de l’immeuble rue Georges Clémenceau à Nice s’apparente à celui du pot de terre contre le pot de fer. Le procès intenté par le propriétaire, le Centre Hospitalier Universitaire, s’est tenu et la décision est attendue pour le 6 décembre prochain.

 

Après le choc, mercredi dernier de cette descente de police à 6h du matin, à la disqueuse et au bélier, les occupants de l’immeuble organisèrent dès le lendemain soir une conférence de presse, bien décidés à ne pas se laisser impressionner. Celle-ci réunissait Amnesty International, la Ligue des Droits de l’Homme, Mireille Damiano du Syndicat des Avocats de France et Côme Jacqmin du Syndicat de la Magistrature, tous apportant leur solidarité aux personnes et associations de l’immeuble. Ce dernier, juge des enfants, a aussi rappelé le traumatisme sur les enfants que peuvent provoquer ces descentes de police inutiles et jugé que la mise à l’abri des enfants dans l’immeuble était a minima satisfaisante. Car si ces familles n’étaient pas logées dans l’immeuble, elles seraient tout simplement dans la rue et dans le froid. Pourtant, il faut le rappeler, l’Etat est dans l’obligation de les héberger. Alors pourquoi l’Etat et le préfet, M. Lamy, ne respectent-ils pas la loi ? Ce questionnement est d’autant plus appuyé par les défenseurs des demandeurs d’asile qu’il y a une collusion manifeste entre l’Etat et les responsables politiques de la ville. Un communiqué commun du maire de Nice et du préfet demandait au CHU de lancer une procédure judiciaire interpelle. Il y a eu aussi la manifestation autorisée des néofascistes de Nissa Rebella devant l’immeuble ! Pourquoi, dans les Alpes-Maritimes en veut-on autant aux demandeurs d’asile et à leurs défenseurs ?

L’Etat coupable. La procédure judiciaire, une première fois renvoyée, était jugée ce lundi matin. Le premier à s’exprimer fut Maitre Ciccolini, en verve et très prolixe. « Le préfet refuse l’ouverture d’un centre d’hébergement pour les DA et entrave la loi, est-ce normal ? Cette occupation est une situation de nécessité ! Quand on est face à une illégalité de la part de la plus haute autorité, l’Etat, on est en droit de dire non et de se rebeller. Le préfet ne veut plus de demandeurs d’asile à Nice alors est ce que le droit d’asile a encore droit de cité en Sarkozie ? » Le public très nombreux dans la salle du tribunal d’Instance applaudit fortement. Les avocats de la défense se succèdent et abondent dans la direction de M. Ciccolini, appuyant chacun sur l’absence de voie de fait dans l’occupation, argument donné par la défense pour demander l’expulsion immédiate. Le caractère dangereux de l’immeuble aussi avancé par Maitre Martin, avocat de l’accusation pour le CHU fut aussi contesté par la défense, notamment sur le dégât des eaux, les pièces condamnées qui sont restées condamnées, l’électricité, le plancher ou la toiture. Les avocats de la défense ont tous demandé au juge un déplacement sur place pour se rendre compte de l’absence de dangerosité immédiate de l’immeuble qui, par ailleurs, abritait un locataire jusqu’à l’arrivée des demandeurs d’asile. Pour Maitre Albran, représentant 11 familles en demande d’asile, il est choquant « d’avoir l’obligation de loger des gens et en même temps de vouloir les mettre dehors à tout prix ! »

Si l’expulsion immédiate a été demandée par le CHU, c’est bien la mise en accusation des services de la préfecture qui a été faite par la défense. Tout le monde s’accordant pour dire que si les familles étaient logées comme elles en ont le droit, l’occupation cesserait. La défense a aussi demandé un déplacement du tribunal sur les lieux et un délai pour l’occupation, repoussé au moins jusqu’à la fin de la trêve hivernale. Le jugement a été mis en délibéré au 6 décembre.

Julien Camy

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